Fin de vie réfléchie

Les dérives sont-elles une raison valable pour s’opposer l’aide active à mourir ?

Certains opposants à l’euthanasie et le suicide assisté affirment que si on les autorisait, cela entraînerait beaucoup de dérives.

Avec l’aide de deux exemples, je veux démontrer qu’un tel argument, interdire parce que des risques de dérives existent, ne tient pas debout.

Premier exemple : le mariage est une forme de contrat où les deux parties s’engagent à prendre soin l’une de l’autre. Pourtant il est associé à des dérives tragiques. On sait qu’en France, une femme meurt tous les trois jours sous la violence de son conjoint ou ex-conjoint. Faut-il interdire le mariage à cause de ces dérives ?

Deuxième exemple : beaucoup de dérives ont récemment fait scandale pour mauvais traitement de patients en Ehpad. Convient-il d’interdire les Ehpad ?

Ces considérations montrent qu’il est absurde de prendre les dérives ou le risque de dérives comme raison d’interdire une pratique. La réponse n’est pas d’interdire la pratique en question, mais de mettre en place une législation qui protège contre les dérives et de faire en sorte que la législation soit appliquée de façon efficace.

En outre, le CESE estime qu’entre 2000 et 4000 euthanasies seraient pratiquées clandestinement en France chaque année. Je rejoins François Blot, réanimateur français, directeur du Comité d’éthique Gustave Roussy, quand il écrit « Plutôt que des fonctionnements tacites amenant à la transgression, il est plus que raisonnable de penser que la loi bornerait avec davantage de sécurité et de transparence les domaines du possible et de l’interdit. »


Références :

CESE Avis du 10 avril 2018

François Blot « Soins palliatifs en fin de vie versus aide médicale à mourir : c’est toujours d’aider à mourir qu’il s’agit » Publié dans Terra Nova « 2022 la grande conversation »