Fin de vie réfléchie

Fausse certitude #13

Si l’aide médicalisée à mourir est dépénalisée, on se trouvera sur une pente glissante qui mènerait à l’autoriser pour des catégories de situations de plus en plus larges, tels que les mineurs et les cas psychologiques.

Les opposants à l’aide médicalisée à mourir sont habiles, ils détournent l’attention de l’essentiel en insistant sur les cas les plus controversés, comme ceux concernant les enfants, les mineurs et les sujets atteints de pathologies psychologies. Ils y attirent l’attention parce que ces cas ont tendance à interpeller.

Ils s’expriment comme si l’aide à mourir accordée pour ces catégories étaient des dérives avérées, appelées à se développer.

Dans les pays qui ont permis l’aide médicalisée à mourir, elle est accordée pour les catégories sujet à controverse que dans des situations extrêmes, qui restent très minoritaires. Prenons les chiffres d’euthanasies belges : depuis 2014, date de l’extension de la loi aux mineurs, il n’y a eu que quatre cas ; en 2021 les affections psychiatriques n’ont constitué que 0,9% des euthanasies pratiquées, les moins de 40 ans seulement 1,4%.

Les opposants détournent donc bien l’attention de la grande majorité des cas. La même année en Belgique les cancers ont représenté 64% des euthanasies pratiquées, et les plus de 70 ans 68%, et les patients avec pronostic de décès à brève échéance 84%.

Par ailleurs, ces opposants se gardent bien de détailler les cas minoritaires, c’est-à-dire de décrire les maladies en cause et les souffrances terribles qu’elles génèrent et l’impuissance manifeste de la médecine à y remédier. Au regard d’un sujet aussi grave, aucun cas ne saurait être considéré comme secondaire en importance.

Et plus généralement, les arguments invoquant des pentes glissantes vers des dérives dangereuses sont le plus souvent irrationnels et infondés. Quand on discutait l’autorisation de l’avortement, certains prétendaient qu’à la longue des avortements en fin de grossesse et même des infanticides deviendraient permissibles, mais cela n’est jamais arrivé depuis que l’IVG a été dépénalisée en France en 1975.

Il n’y a rien d’inéluctable dans les extensions. Quand on ouvre un droit à de nouvelles catégories, on le fait par décision démocratique après avoir discuté le pour et le contre au parlement et au sénat.

Les critères qui comptent pour l’aide à mourir sont le caractère insupportable et non-apaisable des souffrances et si les pathologies sont incurables.

Source des chiffres concernant la Belgique : CFCEE Rapport Euthanasie 2022, CFCEE = Commission fédérale de Contrôle et d’Évaluation de l’Euthanasie.