On ne peut pas demander à un médecin de mettre fin à une vie.
Certes, la mission première d’un médecin est avant tout de guérir et de préserver la vie, mais au regard de la souffrance il est également tenu de l’amoindrir et même de la faire disparaître. Arrêter la souffrance et garder en vie peuvent toutefois entrer en conflit. C’est le cas quand la seule manière d’arrêter une souffrance insupportable est de mettre fin à la vie.
Mais la loi stipule que « Le médecin (…) n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort »[1], avec pour résultat, des patients se trouvant maintenus en vie, même quand ces derniers disent clairement et en toute conscience à leur médecin et à leur entourage qu’ils n’en peuvent plus de souffrir et souhaitent mourir.
A l’heure où environ 80% des Français considèrent l’euthanasie et le suicide assisté comme des soins de fin de vie[2] ; que la Cour européenne des droits de l’homme a jugé l’euthanasie conforme à la Convention européenne des Droits de l’Homme, dès lors qu’elle est accompagnée de contrôles permettant d’éviter les abus ; qu’une proportion importante du corps médical souhaitent que leur déontologie évolue en ce sens[3] ; et que les opposants seraient protégé par une clause de conscience ; on peut s’interroger sur la persistance des freins à reconnaître légalement l’euthanasie.
Il est temps que la déontologie médicale évolue afin d’intégrer plus de compassion et d’humanité, comme en Belgique, au Luxembourg, aux Pays Bas, en Espagne et au Portugal, les parlements y ayant voté majoritairement en faveur du droit à l’euthanasie.
[1] Article 4127-38 du code de la santé publique.
[2] Sondage Ifop pour l’ADMD d’octobre 2022.
[3] Selon une enquête auprès de 2200 professionnels de la FEHAP, publiée le 21 mars 2023, une majorité serait favorable à ce qu’une nouvelle loi instaure une aide active à mourir : 59% de l’ensemble des professionnels, 30% des médecins, 67% des soignants. Lors d’un enquête de Medscape sur l’éthique médicale en France en 2020 où fut demandé à 900 médecins s’il conviendrait d’« autoriser l’euthanasie ou le suicide assisté », les réponses ont été : « Oui » à 42%, « Cela dépend » à 29% et « Non » à 29%. Le « oui », sous certaines conditions bien sûr, s’avère donc majoritaire à 71%.